Martin Malermme Ecrivain Public et Biographe
 
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COMME UN SCARABEE SUR LE DOS

L'histoire

Laurence d'Allencourt est juge d'instruction. Belle, intelligente et ambitieuse son avenir professionnel semble des plus prometteurs. Les dossiers qui lui sont confiés sont traités à charge et à décharge comme l'exige la procédure. Il ne saurait en être autrement pour cette trentenaire dont c'est là le premier véritable poste de titulaire. Le doute n'est pas dans les habitudes de la magistrate. Jusqu'à ce jour où deux affaires particulièrement délicates mettront à mal ses convictions. Deux affaires qui la plongeront dans le passé : le sien...!

 

                            

Extraits

J'étais très amoureux de Laurence. Mais je ne lui ai jamais dit. Je le regrette aujourd'hui. Beaucoup. J'aurais tant aimé qu'elle m'interrogeât sur mes sentiments à son égard et qu'elle obtînt mes doux aveux. Je ne compte plus ces instants où, seul avec elle dans son cabinet, j'aurais pu lui déclarer mon amour. Seulement, à chaque fois, le courage m'a manqué. Je ne suis même pas parvenu durant toutes ces années à la tutoyer comme elle le souhaitait pourtant ardemment. Le vouvoiement seyait mieux à cette femme lequel, quelque part, la protégeait. De quoi? De qui? Je l'ai appris avec le temps. J'avais toute sa confiance. Je crois bien avoir été le seul à connaître de son passé. Tout au moins fus-je le premier à qui elle le révéla. Sans doute aurait-elle préféré qu'il restât son secret à jamais mais deux évènements survinrent un jour qui en décidèrent autrement et dont je fus le témoin incontournable de par mon métier. J'occupais en effet les fonctions de greffier et l'assistait dans sa tâche de juge d'instruction. Laurence d'Allencourt marqua d'entrée sa différence avec la magistrate qui l'avait précédée. Alors que pour cette dernière je me devais d'être constamment disponible et corvéable à merci, Laurence s'attachait au contraire à ce que rien ne vînt perturber mon travail. Elle n'exigeait simplement de moi que je lui fisse pour chaque dossier une synthèse qui l'y plongeât plus vite aux fins de ne pas perdre trop de temps. Pour le reste, le café, l'archivage et autres futilités, nous nous en chargions à tour de rôle. Naturellement. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus. Je ne me souviens pas avoir échangé avec elle un mot plus haut que l'autre. Tout juste lui reprochais-je parfois de fumer un peu trop. Mais c'était là son seul défaut. Je ne lui en connaissais pas d'autres. Ou je me refusais obstinément à les voir. Je n'avais, il est vrai, que l'objectivité de l'amoureux transi qui par son silence espérait qu'un jour elle en comprît la raison et le rompît. Il n'en fut rien mais j'ai continué cependant à l'aimer. Follement. Il m'est très pénible d'évoquer son souvenir tant je n'ai toujours pas accepté son départ et les conditions dans lesquelles il s'est fait. Mais peut-être n'y avait-il pas d'autre solution que celle-là? Et même, avec le recul, était-elle probablement la seule qui convint à la situation d'alors. Je voudrais m'en convaincre et cesser ainsi de me faire des reproches pour l'avoir laissée partir sans qu'elle m'eût entendu lui dire combien je l'aime. Je sais qu'elle n'appartient plus aujourd'hui à la magistrature, qu'elle a quitté la région du jour au lendemain. Je sais aussi qu'elle ne me reviendra pas comme dans mes rêves où nos peaux et nos lèvres s'effleurent. Je sais surtout qu'elle est heureuse avec lui, là-bas, quelque part en Amérique du sud. Je le sais parce que je le ressens très fort au fond de moi. Je lui souhaite tout le bonheur du monde. Elle le mérite. Sa souffrance a sûrement disparu à présent. La mienne tarde à s'estomper. Ma psy affirme que je cultive un comportement masochiste irrationnel. Elle a trouvé ça toute seule cette idiote! Comme si moi je l'ignorais! J'ai failli la laisser en plan lors de notre dernier entretien. Mais elle m'a suggéré une drôle d'idée pour me sortir de cet enfermement, une idée à laquelle je n'avais vraiment pas pensé: écrire notre histoire. Merveilleuse cette idée, non?
Elle est très bien ma psy...!

 
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