TAULE : ERRANCE ZERO !
Un essai qui porte bien son titre...
Que n’a-t-on pas encore écrit sur les dysfonctionnements de notre institution judiciaire, sur l’état de nos prisons que le citoyen ignore ?
Cependant, si parfois les esprits s’émeuvent, jamais ils ne se révoltent échappant inexplicablement à cette règle citoyenne qui appelle à descendre dans la rue quand l’inacceptable est à ce point criant.
Des erreurs judiciaires aux détentions arbitraires, la « Commission d’Outreau » en a dénoncé toute l’étendue dans l’affaire du même nom. Et malgré le rendu alarmant de ses conclusions, force est de constater que rien n’a été entrepris qui soit susceptible de rassurer à la fois les professionnels mais aussi les justiciables et les victimes.
Constat d’autant plus désillusionné que beaucoup de ces acteurs - magistrats, avocats, travailleurs sociaux et personnels pénitentiaires - ne semblent pas vouloir prendre toute la mesure du problème tant sa résolution pourrait conduire à la remise en cause de certains corporatismes, lesquels sclérosent indubitablement le système tout entier jusqu’à sa paralysie.
Quant à la réinsertion des détenus, l’insuffisance abyssale des moyens et le peu de cas de l’existant que ces derniers en font hypothèquent sérieusement les chances des uns et des autres de mieux se comprendre. En d’autres termes, les responsabilités, qu’elles soient d’un côté ou de l’autre de l’œilleton, sont partagées. Les reconnaître serait une avancée significative dans l’accomplissement d’une véritable politique de réinsertion, répondant à la fois aux droits élémentaires des détenus et aux exigences de sécurité des citoyens.
Multipliant les exemples indéniables, les études incontestables et les chiffres avérés - ceux fournis par l’Administration Pénitentiaire elle-même - Martin Malermme livre avec cet essai une œuvre objective et cohérente, entre le réquisitoire intransigeant et la pertinence de solutions assez éloignées de celles préconisées par le législateur et que relaient parfois trop aisément les médias.
Un gâchis général auquel il est possible de remédier. Martin Malermme l’affirme et le démontre avec une étonnante simplicité…
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Extraits
Il est des sujets de société qui ne retiennent pas toute l’attention méritée du grand public. Quels que soient les thèmes récurrents autour desquels ils sont développés, ils ne fédèrent pas ou très lentement. L’exemple des prisons vétustes et surpeuplées, et des conséquences qui en résultent, illustre parfaitement le peu d’intérêt des Français pour ces problèmes d’hier et d’aujourd’hui, au demeurant très sensibles, pour lesquels des solutions existent pourtant, mais dont la mise en application perturberait probablement leur confort. Et c’est bien là que réside toute l’ambiguïté de tels comportements qui procèdent davantage d'une méconnaissance du sujet que d’une logique de pensée, qu’alimente de surcroît une actualité par trop souvent choisie au détriment d’une autre réalité plus culpabilisante! Nombreuses sont les parutions d’ouvrages et de plus en plus les diffusions de reportages dénonçant les conditions de vie inhumaines et dégradantes dans les prisons françaises, tout au moins dans certaines d’entre-elles. Cependant, si parfois les esprits se troublent et s’émeuvent, jamais ils ne se révoltent, échappant inexplicablement à cette règle citoyenne qui appelle à descendre dans la rue quand l’inacceptable est à ce point criant. Il faut aussi admettre que la multiplication et l’aggravation des actes délinquants et criminels n’incitent pas à une meilleure considération de leurs auteurs, encore moins à fouler le pavé pour tenter de leur obtenir un sort plus enviable. A plus forte raison quand ces derniers reproduisent les mêmes faits à l’intérieur des établissements pénitentiaires dont l’une des missions essentielles est de les en dissuader! Force est de reconnaître la pénurie des moyens pour y parvenir, et ces insuffisances chroniques produisent des effets contraires à ceux escomptés, jusqu’à faire des détenus aussi des victimes. Au même titre que les leurs! Perversion de notre système carcéral, entretenue, amplifiée par nos dirigeants qui, pour ne pas heurter les sensibilités, se refusent à sa refonte complète, se contentant simplement d’y apporter quelques modifications qui répondent plus à une urgence événementielle et électoraliste qu’à une réflexion en profondeur sur ses dysfonctionnements. La tâche relève presque de l’impossible tant sa réussite dépend de la capacité des parlementaires – et aussi des juges, procureurs, avocats, médecins, psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux, enseignants, personnels pénitentiaires et détenus – à vouloir bousculer les mentalités, balayer les idées reçues, réformer certains textes de loi en matière de répression, non sans affirmer, voire consolider, les droits des victimes. Passage obligé pour une vraie crédibilité de la justice tout entière! La réinsertion des détenus, les garanties d’indemnisation des victimes, et la sécurité de tous sont à ce prix! La tenue d’états généraux avec tous les représentants des acteurs précités serait l’idéal. Mais en attendant que cette idée fasse justement son chemin, certaines propositions majeures développées dans cet ouvrage tendent vers cet objectif, et, aideront peut-être à en réduire le délai? Quand bien même certaines de ces propositions prennent le contre-pied de toutes celles mises en pratique jusqu’à ce jour, elles sont nées d’un même constat irréfutable: « la prison ne rend pas les hommes meilleurs! » Lequel constat ne se limite pas aux seuls détenus !
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La France, Patrie des droits de l’homme, traite aujourd’hui toujours ses détenus comme elle traitait hier encore ses déchets : avec une insupportable et dangereuse insouciance ! Insupportable car elle sait les manquements et les retards qu’accuse sa politique de prévention de la délinquance! Dangereuse dans ce que ses choix prioritairement répressifs contribuent à l’augmentation sévère de la population carcérale et à l’affaiblissement consécutif de son système pénitentiaire en termes d’outils de réinsertion. D’aucuns trouveront sans doute exagéré, et même choquant, d’assimiler une prison à une décharge publique, mais les similitudes d’approche et de méthode dans la gestion de ces deux structures participent de cette audacieuse comparaison et méritent que nous nous y arrêtions: Des décennies durant nous avons stocké toutes nos ordures, ménagères et industrielles, sans distinction aucune, de manière sauvage dans des zones choisies à la va-vite, de préférence éloignées des habitations, que nous cachions cependant des regards par des clôtures naturelles comme la plantation d’arbres à croissance rapide, ou plus rudimentaires telles un simple grillage métallique. En général, d’une façon habile et peu coûteuse qui permettait d’écarter le problème de leur traitement. Provisoirement promettions-nous alors à tous ceux qui s’en inquiétaient! Et le temps que nous mettions à comprendre la nocivité d’un tel laisser-aller, la nécessité vitale de trier, recycler et de détruire nos déchets, le mal était fait, les dégâts considérables. Pour certains irréversibles! Sols et nappes phréatiques pollués, empoisonnés, prolifération d’animaux et d’insectes transmetteurs de maladies, réactions chimiques en chaîne, propagation grandissante d’odeurs pestilentielles et autres nuisances. Le paysage actuel de nombreuses prisons françaises, ressemble à s’y méprendre à celui d’une déchetterie des années soixante-dix. Le parallèle est édifiant! – Quant à définir le siècle, trente ou cent trente ans ne font guère de différences! – Ainsi nous parquons toujours aujourd’hui nos détenus dans des établissements le plus souvent situés en rase campagne que des murs cachent plus qu’ils ne protègent. De même nous ne tenons toujours pas compte de leur personnalité, de leur éducation, de leur niveau scolaire, de leur âge, de la nature et du degré de gravité de leurs actes. Tous cohabitent, se supportent et s’insupportent dans une promiscuité exacerbée si souvent dénoncée mais contre laquelle nous n’agissons pas. Aux prises et abus de pouvoir d’autres nuisances quotidiennes telles que le bruit, le manque d’hygiène, les dégradations se cumulent. Les conséquences sont aussi dévastatrices : passivité, indifférence, abêtissement pour les cas les moins douloureux ; à l’extrême, rébellion, bestialité, automutilations et suicides achèvent un processus de destruction dont l’irréversibilité n’est jamais le fruit de la fatalité! Si les volontés de changer notre système carcéral s’affichent et n’en sont plus au stade des déclarations d’intention, les progrès restent malgré tout timides et superficiels pour en espérer un changement radical dans un délai raisonnable. Cette désocialisation institutionnalisée s’aggrave jour après jour dans le silence contrit de bon nombre de professionnels, pétris indéniablement d’idéaux mais qu’annihile malheureusement ce sacro-saint devoir de réserve. Parfois avec une complaisance inquiétante ! Il en est d’autres - les avocats pour ne pas les nommer ! – dont l’indépendance garantit certes les droits de la défense, mais qu’un statut très discutable, par nature lié à une activité commerciale, hypothèque considérablement. Quant à attendre des détenus qu’ils revendiquent de meilleures conditions d’existence dans le calme et la concertation relève de la gageure, tant ils n’en possèdent ni les moyens techniques ni, pour beaucoup, les facultés intellectuelles. Ainsi la situation s’achemine-t-elle inexorablement vers une détérioration des relations entre tous les protagonistes, qu’ils se situent d’un côté ou de l’autre de l’œilleton ; En d’autres termes, les responsabilités sont partagées, et les reconnaître serait déjà une avancée significative dans la volonté et l’accomplissement d’une véritable politique de réinsertion, répondant à la fois aux droits élémentaires des détenus et aux exigences de sécurité des citoyens. Dignité retrouvée pour les uns, intégrité préservée pour les autres, voilà deux bonnes raisons d’engager le dialogue. Un travail préliminaire, prioritaire à tout autre pour asseoir sérieusement et durablement cette politique. Pour l’heure, l’institution judiciaire que les incohérences et les erreurs de plus en plus nombreuses fragilisent dangereusement, et dont la position en amont est déterminante dans le fonctionnement contrasté de l’administration pénitentiaire, prône de plus en plus la « tolérance zéro. » Un postulat auquel il est difficile de ne pas adhérer tellement nous aspirons tous à une vie paisible, pour nous-mêmes et pour les nôtres ! Un postulat vers lequel aussi tend cet ouvrage, avec toutefois une nuance essentielle dans son interprétation : Atteindre cet objectif « tolérance zéro » par le seul biais répressif est un leurre, une dérive dogmatique due à une mauvaise appréhension du problème de la délinquance. « Tolérance zéro » requiert des crédits affectés à la prévention qui soient nivelés à ceux dont dispose notre arsenal répressif. Voire les dépassent ! L’obligation de résultats implique l’obligation de moyens, et la prévention étant chroniquement le parent pauvre de l’institution judiciaire, ses bilans sont en adéquation avec les subsides qui lui sont attribués : insuffisants, faussés par cette préférence de la forme au fond, de l’urgence au temps, de l’électoralisme à la politique ! « Tolérance zéro » dans ses applications actuelles s’apparente à la méthode de placebo : elle apaise les esprits mais ne les conscientise pas ! Enfermer n’est pas Soigner ! Isoler n’est pas Eduquer ! Punir n’est pas Prévenir ! Ne s’instaurera un débat constructif entre les défenseurs et les détracteurs de telle ou telle politique, que lorsque chacun intégrera aussi dans son jugement sur autrui et ses actes ces notions de cause à effet par trop souvent négligées… Seulement, ce discours d’arrière-garde sur le rétablissement de la sécurité par un panel de mesures majoritairement répressives, confortées par d’indéniables résultats, convainc un très large public à l’exaspération légitime, mais manifestement désinformé, le rendant sourd à tout autre argument axé sur la prévention. Et, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… !
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Le SDF.
Il était arrivé juste avant l'hiver, avant le froid. Il avait descellé une plaque d'égout et l'avait lancée dans une vitrine d'un magasin de chaussures. Le tribunal correctionnel lui avait infligé une peine de trois mois d'emprisonnement ferme. Il espérait mieux! Il comptait prendre six mois et sortir ainsi au milieu du printemps. Mais trois mois, avec les réductions de peine, cela le libérait fin février, au plus tard début mars. Une période à ne pas mettre un SDF dehors! Alors, quelques jours avant sa libération, il détruisit complètement sa cellule, de la télévision qu'il jeta au sol jusqu'à la vitre de sa fenêtre qu'il brisa. On lui supprima ses remises de peines, passa une semaine au mitard, et fut condamné à trois mois supplémentaires... il sortit pour l'été...!
Méprise.
Au sortir de sa garde à vue, Matthias avait été présenté à un juge d'instruction et placé sous mandat de dépôt. Il était plus de 20 heures quand il arriva à la maison d'arrêt. On l'installa provisoirement dans la cellule 14, déjà occupée par trois autres détenus. Le lendemain matin, il demanda à prendre une douche, ce qu'on lui accorda bien que ce n'était pas le jour. Ils étaient sept déjà à se laver. L'un d'eux avait vu sortir Matthias de la cellule 14, et il s'empressa d'en informer le reste du groupe. Tous alors se jetèrent sur lui comme un seul homme, le rouèrent de coups de poings et, une fois au sol, de coups de pieds, l'insultant de « sale pointeur. » Matthias eut plusieurs côtes fracturées et une arcade sourcilière enfoncée...les cellules 14, 15, 16 et 17 étaient occupées par des détenus condamnés pour des crimes sexuels... Matthias, lui, était là pour vols avec effraction chez des particuliers. On avait prévu de le changer de cellule le matin même...!
L'anniversaire.
Rachid entamait son sixième mois au quartier mineur de la prison. Immature et violent il était particulièrement surveillé. Suivi aussi par un psychologue. Obligations lui étaient faites de se lever tous les jours de la semaine à 7h30, de se laver et de se brosser les dents, d'aller en classe, de tenir sa cellule propre et de participer à la vie du groupe composé de sept autres garçons mineurs. Ainsi retrouva-t-il peu à peu des repères l'aidant à mieux se gérer et à se responsabiliser...puis vint ce matin de décembre où Rachid quitta le quartier mineur pour se retrouver dans une cellule avec deux adultes âgés respectivement de 29 et 35 ans...il venait d'avoir dix-huit ans... dès lors le quartier mineur lui était interdit... et plus rien ne lui fut imposé...!
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